"ENSEMBLE ASSOCIATIONS NOUS"

Bernard BRUNET, Président du groupe "Prospective" au Conseil Economique et Social de Midi-Pyrénées, a animé une conférence/débat à LABATHUDE. Ce temps fort d'information et d'échanges a rassemblé de nombreux responsables associatifs, des élus locaux, des représentants institutionnels, des représentants d'entreprises locales.

EXTRAITS DU COMPTE-RENDU DE LA CONFERENCE / DEBAT ANIMEE PAR BERNARD BRUNET A LABATHUDE

La prospective consiste à imaginer des futurs possibles, c'est-à-dire comment pourraient évoluer les choses dans les 15-20 prochaines années. Pour cela, nous disposons de différents ingrédients et l'enjeu de la démarche prospective va consister à combiner ces différents ingrédients.

Ces ingrédients sont :

Les tendances lourdes au niveau d'un territoire, d'une communauté humaine, d'une nation ou même à l'échelle de la planète. Par exemple, le vieillissement de la population, l'évolution des secteurs d'activités (diminution du secteur primaire et chute de l'agriculture dans l'influence sociale et économique, déclin de l'industrie, tassement du secteur secondaire, explosion des services et donc du secteur tertiaire), l'augmentation des mobilités (la distance domicile-travail a été multipliée par 2 ou 3 au cours des dernières années), la diminution du nombre de personnes dans les ménages, la diminution du taux de natalité, du nombre d'enfants par famille, la dispersion géographique des familles (parents et enfants adultes habitent parfois des régions éloignées), …

Ces tendances lourdes ne vont pas s'inverser du jour au lendemain. Il y a une très forte inertie, à l'image du pétrolier lancé en pleine mer à qui il faut plusieurs milles pour pouvoir s'arrêter.

Cependant, malgré cette inertie importante, tenir compte des conséquences des tendances lourdes permet d'anticiper certains effets positifs ou négatifs.

Les signaux et les ruptures : il s'agit d'éléments récents qui vont peut-être "bousculer les choses", avoir une incidence importante sur le cours inexorable des tendances lourdes. Comme signaux, par ex, la fin de l'exode rural (le milieu rural se repeuple et c'est une tendance générale à laquelle le département du Lot n'échappe pas), une sensibilisation plus forte aux questions de l'environnement, les conflits d'usages se développent, liées à des origines socio-culturelles différentes (le champ du coq, le tas de fumier etc …).

Des ruptures peuvent également influencer fortement le fil prévisible de l'évolution. Evènements parfois soudains qui vont peser, par ex une invention révolutionnaire ou le 11septembre. Ces ruptures peuvent créer des bifurcations, des nouvelles pistes dans le développement d'un territoire.

Le troisième ingrédient pourrait se définir ainsi :

"Nous, les habitants que voulons-nous ? "

En tant que citoyen, en tant qu'acteur, nous avons à nous prononcer, nous engager, nous avons à faire des choix……

…. et les choix que nous ferons vont influer sur l'évolution et les futurs. Ces choix marqueront nos devenirs….

Au niveau du milieu associatif quels choix seront fait ?

    • pour faciliter l'intégration dans la communauté locale des nouveaux arrivants?
    • pour prendre part, aux côtés des autres catégories d'acteurs, à la prise en charge du devenir du territoire ?

Chaque décision prise aujourd'hui aura un impact, une influence sur notre vie de demain voire d'après demain.

Lorsque nous avons pris soin d'examiner, d'étudier, de mettre à plat ces différents ingrédients, la poursuite de la démarche prospective va supposer d'élaborer ensemble différents scénarii.

Chaque scénario représentera une hypothèse déclinée d'évolution possible avec des ambitions différentes :

Le scénario négatif représenté par le laisser faire ou le chacun pour soi

Le scénario tendanciel dans lequel des acteurs se rassemblent pour mixer les ingrédients, dessiner ce que pourrait être demain et conviennent du comment agir dès aujourd'hui.

Le scénario positif où se mêlent la dynamique du dessein tendanciel avec une évolution fortement positive des tendances lourdes, des signaux et ruptures.

Dans le scénario négatif, on pourrait imaginer une disparition progressive et constante des associations locales et la question suivante se poserait alors : peut-on envisager une vie sociale locale sans association ?

Dans le scénario tendanciel, partant du constat que jusqu'à aujourd'hui les flux migratoires restent très modestes en Ségala-Limargue, quelles sont les raisons de cette situation : enclavement ? carence en habitat ? manque d'attractivité ?

…. et quels choix, quelles décisions peut-on envisager ?

Réflexions des participants :

Comment palier au vieillissement des dirigeants associatifs et quelles démarches envisager pour transmettre, favoriser l'implication des jeunes dans les associations ? Encourager l'engagement et le bénévolat - S'entendre et se regrouper pour partager certaines tâches - Participer à l'accueil et faciliter l'intégration de nouveaux arrivants. Les associations ont un rôle important à jouer dans ce sens.

"Pour m'intégrer, en arrivant de ma région d'origine, j'ai participé à la vie des associations". "Dans notre chorale", 20 personnes sont d'origine étrangère et cela a été très enrichissant pour nous tous…" "Pour moi" indique cet artisan responsable associatif, "il est important de s'ouvrir aux autres et l'association le permet." Ne doit-on pas réfléchir ensemble pour trouver les moyens d'échanger et partager entre associations ?

Dans les petites communes, ce sont souvent les mêmes personnes que l'on retrouve dans différentes associations. Les associations ont parfois leur pré carré et il n'est pas facile de s'associer . Qui peut être à l'origine d'une occasion de rencontre entre associations ? : la commune ? l'office de tourisme ? l'Association Ségala-Limargue ?

On s'aperçoit que des associations se regroupent sur des projets "grandes causes nationales" par exemple le téléthon. Pourquoi ne pas tenter ces rapprochements aussi pour d'autres activités ?

Les associations vivent parfois les unes à côtés des autres sans se concerter et c'est dommage !!! Les associations pourraient se regrouper au sein du village ou du canton et développer des activités inter-associatives, voire construire ensemble la fête annuelle.

Ce qui pose problème dans l'organisation des fêtes, ce sont les phénomènes récents de violence. Aujourd'hui, nous sommes obligés de faire appel à un service d'ordre privé. Il y a souvent des bagarres, cela freine l'engagement associatif, la fête devient la galère … Or, une des grandes qualités exprimées sur le territoire, c'est la tranquillité et une délinquance quasi inexistante. C'est une des raisons invoquées par les nouveaux arrivants dans les choix des lieux de vie. Il faut apprendre à faire la fête autrement (projet collectif, moins de consumérisme)

Les associations doivent s'informer sur les compétences nécessaires pour réaliser leur projet (encadrement des jeunes à l'école sportive, réalisation de la fonction employeur, connaissances en droit, comptabilité ,….)

Certains agriculteurs se referment sur eux même et se dégoûtent du métier.

Comment transmettre un projet associatif porté de longue date par la même équipe voire un patrimoine constitué (association culturelle) ?.

"C'est rare et important de pouvoir participer à une telle réflexion prospective Et que cette réflexion puisse être accessible à des responsables associatifs, … d'habitude ce sont davantage les élus qui ont accès à de telles réflexions."

 

A l'issue du temps de débat, Bernard BRUNET a proposé de dégager six catégories d'enjeux qui pourraient être autant de pistes de travail à investir à l'avenir dans une démarche prospective active menée par les associations :

Agriculture/ forêt : si on ne prête pas suffisamment attention à ces secteurs d'activités économiques, de nombreuses activités associatives risquent d'être compromises ou pire disparaître (associations de randonnées, OTSI, Village Vacances…).

Identité, patrimoine transmission : acquisition de savoirs faire, apprendre à connaître le territoire, développer la construction d'une identité culturelle locale ancrée, enrichie par les contributions des nouveaux arrivants.

Violence : développer une réflexion entre les liens possibles entre violence et consommation (loisirs créatifs différents / loisirs consommables). La fête : c'est quelque chose que l'on fabrique, peut-être le fabriquer différemment.

Gouvernance / expression : quels lieux de parole, d'expression et de partage pour débattre, réfléchir, construire ….., quels espaces pour rencontrer des acteurs représentants les entreprises, les élus, les habitants ; quels endroits pour permettre aux représentants associatifs de se retrouver pour échanger, pour poursuivre la démarche prospective.

Renouvellement : comment on envisage l'ouverture de l'association aux jeunes, aux nouveaux arrivants.
Qu'est ce que ça implique comme changements, comme évolution dans les postures.

Faire différemment : une autre fête, innover pour attirer d'autres personnes, d'autres dynamiques pour construire ensemble, coopérer, transversalité, se rassembler pour mettre en synergie nos compétences, etc …